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des nouvelles (un peu tardives) de Djibo
jeudi 15 mars 2007 , par L- ô- vent
 

Cher Balthazar Meringué


Voici le récit de mes aventures à Djibo.

Le voyage en avion ne s’est pas très bien passé car j’ai été malade.

Après avoir atterri à Ouagadougou, j’ai trouvé un vieux bus qui m’a emmenée jusqu’à Djibo. Nous nous sommes engagés sur une longue route rouge et bosselée sans drongou. Sur la route nous rencontrions sans cesse des femmes avec sur la tête de grosses jarres en poterie remplies d’eau.

A mon arrivée, je me suis rendue à l’hôtel des Buffles qui était indiqué à 50 mètres. J’ai pris mes valises, ai mis un chapeau pour me protéger du soleil qui, malgré l’heure tardive brûlait encore la peau des passants.

La porte de l’hôtel était de simples ficelles sur lesquelles des morceaux de bois étaient enfilés. Une odeur de poisson mijoté et de légumes farcis est venue chatouiller mes narines. Derrière un petit comptoir de bois sombre, un homme tapait sur sa machine à calculer. Comme il ne m’avait pas vue, j’ai râclé le fond de ma gorge et il a levé la tête.

Quelques heures après mon installation, on a frappé à ma porte. Un homme de petite taille vêtu de parures multicolores est entré dans la pièce. Il avait sur la tête un plat énorme sur lequel était posé un poisson entouré de légumes. Je me suis étonnée car je n’avais rien commandé. Il m’a expliqué que les étrangers étaient toujours bien accueillis. Puis il s’est retiré en faisant une révérence maladroite. Le voyage m’avait épuisée et après avoir mangé une partie de ces mets délicieux, je me suis endormie sur une natte posée à terre.

Le lendemain, je me suis réveillée tôt. A mon grand étonnement, il y avait déjà dans les rues une grande animation. Des habitants s’attardaient à monter des tentes. J’ai compris que c’était le jour du marché.

Repensant à votre offre, je me suis dit que je pourrais profiter de la venue des gens aux marché pour leur montrer mon petit numéro de funambule.

Le plus gros problème était de trouver l’emplacement où je pourrais accrocher mon fil : dans cette région quasi désertique du Burkina-Faso, on manque beaucoup d’arbres. J’ai fini par en trouver deux espacés de 5 mètres. J’ai accroché mon fil et ai attendu qu’il y ai plus d’animation pour commencer.

Vers 10 heures, il y avait une animation intense. J’ai pris mon bâton et je suis montée sur mon fil. J’ai vu un grand nombre de gens qui levaient la tête et tapaient l’épaule de leur voisin en me montrant du doigt.

Tout à coup, j’ai senti une goutte de pluie sur mon nez. Il se mettait à pleuvoir pendant mon numéro. Les villageois m’ont pris pour une magicienne.

Dans la foule, j’avais aperçu un beau ténébreux des dunes. Plus tard il m’a rejointe et m’a raconté l’histoire de cette région qui attendait la pluie depuis tant de mois. Sable-aux-yeux ( c’était son nom ) m’a fait comprendre que je devais continuer à appeler la pluie.

Le lendemain, j’ai donc décidé d’organiser un rodéo aquatique.

Je me suis dirigée, suivie par une grande partie de la population, vers un lac que j’avais remarqué la veille, depuis le bus. Des femmes y lavaient leur linge.

J’ai installé une corde qui traversait le lac d’une rive à l’autre. Puis j’ai demandé aux personnes présentes de pénétrer dans le lac en partie desséché et de faire bouger la corde pendant que je réalisais maintes acrobaties.

Le rodéo a été une réussite : l’eau bienfaisante s’est remise à tomber.

Tout le monde a entonné des chants et s’est mis à danser autour de moi. La teuf a duré plusieurs jours.

Les parents de Sable-aux-yeux m’ont accueilli chez eux, c’est une toute petite maison en terre cuite et au toit de paille, située à côté de la mosquée.



Forum

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    miracle blanc !
    3 avril 2007, par Sebastien Joanniez

    chère L-ô Vent,

    c’est donc plus qu’une artiste dans mon équipe, c’est une fée, une sorcière, une faiseuse de pluie dans mes rangs !?

    alors que vous dire sinon le sourire béat des croyants, la révélation des plus grands miracles !

    bravo et vive la magie des fils, la grâce de vos gestes en l’air ! chapeaux ! révérences !

    mais dites-moi : quel est ce "sable-aux-yeux" qui vous gigote dans le coeur ? vos mots sont si doux dès qu’il entre à votre contact...

    décrivez-le moi, que je dessine mieux cet être de vos désirs... et ce "sable" dans son nom, d’où vient-il ? du désert ? et comment voir avec ça dans les mirettes ?

    dites-moi vite comment il m’a l’air d’amour cet homme-là, et vos émotions, décrivez.

    à bientôt
    Balthazar



      sable-aux-yeux
      3 mai 2007, par L- ô- vent

      Cher Balthazar,

      Tout d’abord merci pour vos compliments qui m’ont beaucoup touchée.
      Je vais donc vous décrire le beau Sable-aux-yeux.
      Il est grand et musclé. Il a la peau mate comme la terre de son pays.
      Mais ce que j’ai remarqué en premier ce sont ses mirettes qui rayonnent comme le soleil.
      Cependant pour lui nulle zionvi . Quand il avait 3 ans, une tempête de sable est venue brutalement du désert. Il en a reçu une trop grande quantité dans les mirettes jusqu’à devenir aveugle, d’où son nomsur. Avec quelques mèches blondes comme le sable, c’est tout ce que j’ai pu voir de son visage couvert d’un chèche.
      Pour se protéger de la chaleur, il porte une longue tunique, bleue comme le ciel, que sa reum a fait avec son métier à tisser en bois ( cet outil est très difficile à manier car si on enlève des fils, il faut tout recommencer mais cela lui arrive rarement car elle travaille avec dextérité.)
      La cécité n’empêche pas Sable-aux-yeux de soigner les habitants du village avec une grande générosité. Il calme les leurdoux dès qu’il applique ses mains sur les corps. Il est en quelque sorte le « sage » du village.
      Quand il s’approche de moi, des sonfris parcourent mon échine, mon estomac est noué. Je suis sûre que ce n’est pas de la reup. Par contre cela pourrait-il être ce qu’on appelle communément « amour » ?
      Quand je le vois, mes mirettes s’emplissent de joie, ma respiration s’accélère, mon cœur tambourine. Je suis transportée dans un autre monde comme si je flottais dans les rais ; un comble pour une funambule !
      J’aimerais beaucoup qu’il m’aide à préparer mes spectacles car il déborde d’imagination.

      A bientôt,
      L- ô - Vent



 
 
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